Benjamin Britten ‘Les Illuminations’

Text by Arthur Rimbaud

Translation by Richard Stokes
© from A French Song Companion (OUP, 2000)


 

Fanfare

J’ai seul la clef de cette parade sauvage.

Fanfare

I alone hold the key to this savage parade!

 

Villes

Ce sont des villes! C’est un peuple pour qui se sont montés ces Alleghanys et ces Libans de rêve! Ce sont des villes! Des chalets de cristal et de bois se meuvent sur des rails et des poulies invisibles. Les vieux cratères ceints de colosses et de palmiers de cuivre rugissent mélodieusement dans les feux. Ce sont des villes! Des cortèges de Mabs en robes rousses, opalines, montent des ravines. Là-haut, les pieds dans la cascade et les ronces, les cerfs tettent Diane. Les Bacchantes des banlieues sanglotent et la lune brûle et hurle. Vénus entre dans les cavernes des forgerons et des ermites. Ce sont des… Des groupes de beffrois chantent les idées des peuples. Des châteaux bâtis en os sort la musique inconnue. Ce sont des villes! Ce sont des villes! Le paradis des orages s’effondre. Les sauvages dansent sans cesse la fête de la nuit. Ce sont des villes! Quels bons bras, quelle belle heure me rendront cette région d’où viennent mes sommeils et mes moindres mouvements?

Towns

These are towns! This is a people for whom these imagined Alleghanies and Lebanons have been raised! Towns! Chalets of crystal and wood move on invisible rails and pulleys. Old craters, encircled by colossi and palms of copper, roar melodiously in the fires. These are towns! Cortèges of Queen Mabs, in russet and opaline robes, climb up from the ravines. Up there, their hoofs in the waterfalls and brambles, the deer suckle at Diana's breast. Bacchantes of the suburbs sob, and the moon burns and howls. Venus enters the caves of blacksmiths and hermits. These are... Groups of belfries ring out peoples' ideas. From castles built of bone unknown music issues. These are towns! These are towns! The paradise of storms subside. Savages dance unceasingly the festival of night. These are towns! What kindly arms, what lovely hour will restore to me those regions from which my slumbers and my slightest movements come?


Phrase

J’ai tendu des cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.

Phrase

I have hung ropes from steeple to steeple; garlands from window to window; golden chains from star to star, and I dance.


Antique

Gracieux fils de Pan! Autour de ton front couronné de fleurettes et de baies, tes yeux, des boules précieuses, remuent. Tachées de lies brunes, tes joues se creusent. Tes crocs luisent. Ta poitrine ressemble à une cithare, des tintements circulent dans tes bras blonds. Ton cœur bat dans ce ventre où dort le double sexe. Promène-toi, la nuit en mouvant doucement cette cuisse, cette seconde cuisse et cette jambe de gauche.

Antique

Graceful son of Pan!  Around your brow, crowned with little flowers and berries, your eyes - precious globes - move. Stained with brown lees, your cheeks are hollowed out. Your fangs gleam. Your breast resembles a cithara, tintinnabulations course through your white arms.  Your heart pulses in that belly where Hermaphrodite sleeps. Walk forth, at night, gently moving this thigh, that second thigh, and that left leg.


Royauté

Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique: "Mes amis, je veux qu’elle soit reine!" "Je veux être reine!" Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de révélation, d’épreuve terminée. Ils se pâmaient l’un contre l’autre. En effet ils furent rois toute une matinée où les tentures carminées se relevèrent sur les maisons, et tout l’après-midi, où ils s’avancèrent du côté des jardins de palmes.

Royalty

One beautiful morning, among a most gentle people, a man and a woman of proud presence cried out in the public square: "Friends, I want her to be queen." "I want to be queen!" She laughed and trembled.  To his friends he spoke of a revelation, of a trial concluded.  They swooned against each other. And during one whole morning, whilst the crimsoned hangings festooned the houses, and during the whole afternoon, as they headed for the palm gardens, they were indeed kings.


Marine

Les chars d’argent et de cuivre - Les proues d’acier et d’argent - Battent l’écume, - Soulèvent les souches des ronces. Les courants de la lande, Et les ornières immenses du reflux, Filent circulairement vers l’est, Vers les piliers de la forêt, Vers les fûts de la jetée, Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.

Marine

Chariots of silver and copper - Prows of steel and silver - Thrash the foam, - Uproot the stumps of thorns. The streams of the wasteland, And the huge ruts of the ebb-tide, Flow away in a circle toward the east, Toward the pillars of the forest, Toward the shafts of the jetty, Whose quoins are battered by whirlpools of light.


Interlude

J’ai seul la clef de cette parade sauvage.

Interlude

I alone hold the key to this savage parade.


Being Beauteous

Devant une neige un Être de Beauté de haute taille. Des sifflements de mort et des cercles de musique sourde font monter, s’élargir et trembler comme un spectre ce corps adoré: des blessures écarlates et noires éclatent dans les chaires superbes. Les couleurs propres de la vie se foncent, dansent, et se dégagent autour de la Vision, sur le chantier. Et les frissons s’élèvent et grondent, et la saveur forcenée de ces effets se chargeant avec les sifflements mortels et les rauques musiques que le monde, loin derrière nous, lance sur notre mère de beauté, - elle recule, elle se dresse. O! nos os sont revêtus d’un nouveau corps amoureux.

Ô la face cendrée, l’écusson de crin, les bras de cristal! le canon sur lequel je dois m’abattre à travers la mêlée des arbres et de l’air léger!

Being Beauteous

Against a background of snow, a tall Being of Beauty. Wheezings of death and circles of muffled music cause this adored body to rise, to swell, to quiver like a spectre; scarlet and black wounds break out on the glorious flesh. The true colours of life deepen, dance and detach themselves around the Vision in the making. And tremors rise and rumble, and the frenzied flavour of these effects, being burdened with the dying gasps and raucous music that the world, far behind us, hurls at our mother of beauty, - she draws back, she starts up. Oh! our bones are dressed in a new and loving body.

Ah! The ashen face, the horsehair escutcheon, the crystal arms! the cannon at which I must charge across the skirmish of trees and soft air!


Parade

Des drôles très solides. Plusieurs ont exploité vos mondes. Sans besoins, et peu pressés de mettre en œuvre leurs brillantes facultés et leur expérience de vos consciences. Quels hommes mûrs! Des yeux hébétés à la façon de la nuit d’été, rouges et noirs, tricolores, d’acier piqué d’étoiles d’or; des faciès déformés, plombés, blêmis, incendiés; des enrouements folâtres! La démarche cruelle des oripeaux! - Il y a quelques jeunes. Ô le plus violent Paradis de la grimace enragée ! Chinois, Hottentots, bohémiens, niais, hyènes, Molochs, vieilles démences, démons sinistres, ils mêlent les tours populaires, maternels, avec les poses et les tendresses bestiales. Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons « bonnes filles ». Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la comédie magnétique.

J’ai seul la clef de cette parade sauvage.

Sideshow

These are very real rogues. Several have exploited your worlds. Having no needs, and in no hurry to put into action their brilliant faculties and their experience of your consciences. What mature men! Vacant eyes like a summer night, red and black, tricoloured, steel studded with stars of gold; features deformed, leaden, livid, inflamed; wanton hoarsenesses! The cruel swagger of tawdry finery! - There are some young people! Most violent paradise of maddened grimaces! Chinese, Hottentots, gypsies, simpletons, hyenas, Molochs, old insanities, sinister demons, they mingle popular and maternal tricks with bestial poses and caresses. They would perform new plays and respectable songs. Master jugglers, they transform place and person and make use of magnetic comedy.

I alone hold the key to this savage parade!


Départ

Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs. Assez eu. Rumeurs des Villes, le soir, et au soleil, et toujours. Assez connu. Les arrêts de la vie. - O Rumeurs et Visions! Départ dans l’affection et le bruit neufs!

Departure

Enough seen. The vision was encountered under all skies. Enough had. Murmurs of the towns at night, and in the sun, and always. Enough known. The decrees of life. - O Sounds and Visions! Departure into new affection and new clamour!